Zauberflöte   (2018)

Grotto set design for Mozart's opera, directed by Romoeo Castellucci

Die Zauberflöte is one of Mozart’s most famous works and one of the most beloved of the entire operatic repertoire. Generations of spectators have been fascinated by the melodies and adventures of Papageno, the Queen of the Night, Tamino, and Pamina, the ordeals faced by the young lovers, and the work’s inexhaustible allegorical depth. The director Romeo Castellucci has deliberately stepped back from the narrative dimension of the opera in order to explore its raw emotion and its philosophical heart.

The hero, Tamino, sets out to rescue Pamina, the daughter of the Queen of the Night, with whom he is in love and who has been abducted by Sarastro. Sarastro presides over a society into which Tamino is invited: he must undergo a number of trials, at the end of which he will be granted Pamina’s hand. Throughout this adventure, Tamino is accompanied by the bird-catcher Papageno, who also meets his own future partner, Papagena. Isn’t Sarastro, however, in the promises he makes to the young people, manipulative? Is he not, moreover, the beneficiary of a cult and of slaves, in contradiction with his egalitarian principles? Should we not, accordingly, believe in the sincerity of the Queen of the Night and of the outburst in which she expresses her wounded maternal feelings?

Description from La Monnaie program

Concept

"Je veux assumer la potion mozartienne et la porter à son effet maximum. Voici, dans les jardins, la grotte artificielle, les plumes de l’oiseleur, le blanc de céruse avec la mouche artificielle, la symétrie. L’agitation d’un palais du XVlIle siècle. Voici la fête du peuple. L’ornement, le divertissement populaire. Ici vit ce grand kitsch de Sarastro qui nie la mort et la défécation, inventant des mondes de lumière si invraisemblables qu’ils en sont radioactifs. L’épreuve du feu consume l’expérience alors que l’épreuve de l’eau en lave le seuil en le débarrassant de la cendre. Cette pureté est terreur. Écoutez attentivementles paroles de Sarastre: ses discours sirupeux engourdissent l’esprit."

"Le premier acte s’ouvre sur un geste de contestation de la lumière. Tout apparaît divisé par un miroir virtuel qui s’étend sur les objets et les personnages. Déjà redoublés et mimétiques dans le livret, ceux-ci semblent se dissoudre en «types», réduits à leur fonction culturelle. Le double dévore l’identité. Une structure morphogénétique semble émerger; se développant selon la symétrie absolue de la microbiologie. Il y a là un minimalisme qui déconstruit le récit en faveur de la grande «tapisserie» de la nature, de l’ornement. J’ai donc demandé à Michael Hansmeyer de pouvoir utiliser ses formes architecturales générées par des algorithmes."

Romeo Castellucci, Notes sur La Flute enchantée

Voici comment je m’y prends: je me perds dans la forêt, j’écoute les enregistrements de La Flute enchantée un nombre incalculable de fois. L’objectif est de me déboussoler, de me désorienter, de remettre en question - radicalement - ce que je connais, ce que j’ai lu et appris de mes lectures, la symbolique égyptienne et les lieux communs, ce que j’ai vu de cet opéra au cinéma, sur scène. Je me dépouille de tout le verbiage familier.

J’ai besoin de questionner cette Flûte, de la voir et de l’entendre comme pour la première fois et, en définitive, d’y croire. Face à une œuvre comme celle-là, je dois rendre les armes, m’y livrer totalement. Oublier, m’abandonner, m’exposer à l’aiguillon que Mozart dissimule dans le parfum de ses fleurs, me confesser à l’œuvre.

Voilà, je me suis égaré, et une première révélation m’apparaît: je crois en elle.en la Mère.

C’est elle que je veux écouter: la Reine de la nuit.
Je crois à la révolte de Clytemnestre, dont l'écho se prolonge à travers sa voix. La créature bafouée.

Je veux assumer la potion mozartienne et la porter à son effet maximum. Voici, dans les jardins, la grotte artificielle, les plumes de l’oiseleur, le blanc de céruse avec la mouche artificielle, la symétrie. L’agitation d’un palais du XVlIle siècle. Voici la fête du peuple. L’ornement, le divertissement populaire. Ici vit ce grand kitsch de Sarastro qui nie la mort et la défécation, inventant des mondes de lumière si invraisemblables qu’ils en sont radioactifs. L’épreuve du feu consume l’expérience alors que l’épreuve de l’eau en lave le seuil en le débarrassant de la cendre. Cette pureté est terreur. Écoutez attentivementles paroles de Sarastre: ses discours sirupeux engourdissent l’esprit.

Le premier acte s’ouvre sur un geste de contestation de la lumière. Tout apparaît divisé par un miroir virtuel qui s’étend sur les objets et les personnages. Déjà redoublés et mimétiques dans le livret, ceux-ci semblent se dissoudre en «types», réduits à leur fonction culturelle. Le double dévore l’identité. Une structure morphogénétique semble émerger; se développant selon la symétrie absolue de la microbiologie. Il y a là un minimalisme qui déconstruit le récit en faveur de la grande «tapisserie» de la nature, de l’ornement. J’ai donc demandé à Michael Hansmeyer de pouvoir utiliser ses formes architecturales générées par des algorithmes.

Au deuxième acte, j’ai demandé la participation de dix personnes de courage, dont les biographies désavouent la trame idéologique de La Flûte là où le prosélytisme de Sarastro annonce l’Homme Nouveau. Des vies réelles font irruption dans son palais moral et suspendent son pouvoir: l’épine dorsale du récit subit une palingenèse.

Cinq femmes aveugles - Dorien Cornelis, Joyce De Ceulaerde, Monique Van den Abbeel, Lorena Dürnholz, Katty Kloek - représentent la cour de la Reine de la nuit et proclament le principe des Ténèbres. Cinq grands brûlés - Michiel Buseyne, Johnny Imbrechts, Yann Nuyts, Brecht Staut, Jan Van Bastelaere - représentent la cour de Sarastro. Ils ont tous éprouvé sur leur peau l’action dévastatrice de la lumière du feu.

L’intervention parlée de ces dix témoins - rehaussée par l’inspiration poétique de Claudia Castellucci, qui a retranscrit fidèlement leurs témoignages de vie - prend la place, comme le creux d’un moule, du récitatif de Schikaneder. Leurs récits de vie semblent parler de nous, aujourd’hui.

C’est moi à présent, un visage dans la foule, qui interroge Mozart sur le sens de ma personne - moi, spectateur - dans sa demeure. Qu’est-ce que je signifie, moi, dans La Flûte enchantée? Que signifie la présence d’une femme née aveugle face à la voix de la Reine de la nuit?

Et que signifie, pour un grand brûlé, de se trouver en présence de Sarastro dont le principe de Lumière lui a arraché la peau, tout en étant enveloppé dans la sphère de feu qui a incendié sa maison? Quelle valeur a la promesse d’un monde nouveau faite par Sarastro - monde nouveau que nous attendons toujours?

Et que signifie de voir ces jeunes mères pressant le lait de leur sein pour en emplir un tube de verre suspendu au milieu de l’espace? Peut-être préparent-elles une ligne infranchissable? Verser la nourriture du vivant, peut-être est-ce une scène de libation accomplie pour affirmer le primat de la mère? Le fragile petit tube de verre rempli de lait maternel est une barrière qui, simultanément, affirme et nie. Il n’est pas permis de franchir cette limite, c’est ici le territoire des mères.

Sarastro renie l’Image au profit de la Loi pour se protéger de l’adoration de la Mère. La Loi doit s’arrêter là. Il n’y a d’imagination qu’en la Mère. Le féminin maternel ouvre les portes à l’imagination. Nous, nous imaginons.

Traduction: Tarquin Billiet

Conductors:  Antonello Manacorda
Ben Glassberg
Director, set design,
costumes, lighting:
 
Romeo Castellucci
Choreography:  Cindy van Acker
Algorithmic Arch.:  Michael Hansmeyer
Artistic Collaboration:  Silvia Costa
Dramaturgy:  Pierresandra di Matteo
Antonio Cuenca Ruiz
Chorus Master:  Martino Faggiani


Grotto Realization   
Sculptural Support:   Alessio Valmori
Francesco Cigognetti
Regisseur Technique:   Marc Dewit
Assistant Décor:   Richard Klein
Directrice Technique:   Charmaine Goodchild


Singers:   
Sarastro:  Gábor Bretz
Tijl Faveyts
Tamino:  Ed Lyon,
Reinoud van Mechelen
Sprecher:  Dietrich Henschel
Königin der Nacht:  Sabine Devielhe
Jodie Devos
Pamina:  Sophie Karthäuser
Ilse Eerens
Erste Dame:  Tineke van Ingelgem
Zweite Dame:  Angélique Noldus
Dritte Dame:  Esther Kuiper
Papgeno:  Georg Nigl
Papagena:  Elena Galitskaya
Monostatos:  Elmar Gilbertson
Erster Priester:  Guillaume Antoine
Zweiter Priester:  Yves Saelens
Drei Knaben:  Axel Basyurt
Sofia Royo Csóka
Alejandro Enriquez
Tobias van Haeperen
Elfie Salauddin Crémer
Aya Tanaka

Dancers:   
Stéphanie Bayle
Maria de Duenas Lopez
Laure Lescoffy
Serena Malacco
Alexane Poggi
Francesca Ruggerini
Stefania Tansini
Daniela Zaghini
Timothé Ballo
Hippolyte Bouhouo
  Louis-Clément da Costa
Emmanuel Diela Nkita
Aurélien Dougé
Johann Fourrière
Paul Girard
Nuhcet Guerra
Guillaume Marie
Tidiani N'Diaye
Xavier Perez


Amateur Actors:   
Dorien Cornelis
Joyce de Ceulaede
Monique van den Abbeel
Katty Kloek
Lorena Dürnholz

  Jan van Bastelaer
Michel Buseyne
Johnny Imbrechts
Yann Nuyts
Brecht Staut
Actors:   
Sophy Ribrault
Cinzia Robbiati
Michael A. Guevara
  Gianfranco Poddighe
Boyan Delattre
Amos Sucheki
Zauberflöte Biographies  -  [in French and Dutch]  

Design by Algorithm

An architecture between chaos and order, neither foreign nor familiar, both natural and artificial.

In using algorithms as a compositional strategy, we seek to create an architecture that defies classification and reductionism. For the Zauberflöte grotto, these algorithms are used to create a form that appears at once synthetic and organic. The design process strikes a balance between the expected and the unexpected, between control and relinquishment. While the processes are deterministic, the results are not necessarily entirely foreseeable. The computer acquires the power to surprise us.

Any references to nature or existing styles are not integrated into the design process, but are evoked only as associations in the eye of the beholder. As a fictive narrative space, the Zauberflöte grotto is less concerned with functionality than with the expressive formal potentials of digital technologies. It examines new spatial experiences and sensations that these technologies enable. Like the Digital Grotesque projects that preceded it, the Zauberflöte grotto is a lavish, exhilirating space full of details and geometric constellations that are waiting to be discovered - spurring one's imagination of what is yet to be created

As an architect, I often ask myself, what is the origin of the forms that we design? If we had no bias, if we had no preconceptions? What kind of forms could we design if we could free ourselves from our experience? What would these unseen forms look like?

I propose we turn to computational design in our quest for the unseen. In the past, we’ve used computers for control and execution. Today, we can turn the computer into a new type of design instrument: a tool for search and exploration.

We can conceive of simple algorithms that continuously repeat a geometric operation to transform a basic volume into a highly articulated and elaborate form. One such operation is the folding of a plane. By repeating this folding millions of times, the computer arrives at forms with minute details at the threshold of perception — algorithmic artifacts that would be almost impossible to draw by hand or traditional means. A simple and rational process can thus generate complex and seemingly irrational forms.

This algorithm can be rerun, using slightly different parameters, to produce countless permutations of a design. These permutations can be crossed with each other to produce yet further variations, thereby successively developing the design.

While there is no randomness involved in these processes, there are so many individual steps that the results are not entirely foreseeable. The computer obtains the power to surprise us. It generates forms within the space of what is possible that we would not likely have conceived of or found.

By designing in this manner, we take the unusual step of ceding control over the exact nature of the forms we create. The computer, as a design partner, gains a degree of autonomy. The generated forms oftentimes manifest this tension of control and surprise. They are situated somewhere between chaos and order… both natural and artificial… neither foreign nor familiar.

As architects, must now seek an intuitive collaboration with the machine, in the belief that it will help us to draw the undrawable, and to imagine the unimaginable.

Fabrication & Assembly

The grotto's geometry is entirely composed using a generative subdivision algorithm. Please see the first Digital Grotesque project for a description of the process. The algorithm's output is a high resolution geometry in the form of a mesh surface. This geometry was voxelized and partitioned into the nine distinct elements that are visible on stage. Four elements descend from the ceiling, while five others are rolled into space.

Each element is made of high-density EPS that has been milled by 6-axis robots and 5-axis milling machines. Elements have an integrated aluminum and MDF sub-structure. They are coated in resin and white paints to create a glossy surface and to increase stability. Pieces are strong enough to support the weight of dancers at strategic positions.

The grotto is designed to gradually emerge on stage during the performance as part of the overall choreography. Fully built, the grotto has dimensions of 14 meters in width, 8 meters in depth, and nearly 10 meters in height.

All elements were manufactured at Factum Arte in Madrid. Final assembly and post-processing - including the integration of lighting and power sources in the elements - was carried out at the La Monnaie workshop in Brussels.